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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 05:50

Aujourd'hui, pas de train, je vous propose une chronique rédigée par mon fils dans le cadre des actions de médiation menées par une municipalité de la côte atlantique durant la saison estivale 2017.

Le bilan est plutôt inquiétant, d'autant que d'années en années, nous assistons à une lente dégradation du comportement d'adolescents trop souvent livrés à eux mêmes, et qui ne connaissent plus aucune limite. Bien sûr, il ne faut pas généraliser....

 

BILAN MEDIATION 2017

Comme tous les étés (période juillet-août), notre municipalité a engagé une équipe de médiateurs sociaux pour patrouiller de nuit autour des lieux à risque de la plage (débits de boissons, boîtes de nuit, rue principale, casino et autres commerces) ceci afin de prévenir la population locale et touristique des dangers de l'alcool, de la route, des stupéfiants, de l'océan, des I.S.T. et d'apaiser les tensions entre belligérants si besoin est.

Si l'on observe un recul de la violence et des phénomènes de bande d'année en année sur la station, on voit s'installer progressivement d'une façon plus sournoise un autre danger: si les gens se bagarrent de moins en moins, ils boivent de plus en plus, au point de ne plus pouvoir se bagarrer correctement: les coups pleuvent souvent dans le vide, où hélas (heureusement) à côté. Cette population ne présente pas de danger mortel, du moins quand elle ne prend pas le volant au sortir d'une soirée très arrosée, exaspère les riverains, empêche les travailleurs et les saisonniers de dormir lorsqu'ils se lèvent parfois aux aurores, ne respecte rien ni personne (gendarmerie, médiateurs, médecins, commerçants, etc) et restreint volontairement son lexique à quelques noms d'oiseaux dont il serait vain d'énumérer ici le pauvre catalogue: oreilles sensibles s'abstenir!

Une bonne nouvelle toutefois, les relations tendues entre autochtones et touristes tendent à s'espacer et à se raréfier à la sortie des débits de boisson depuis la création d'un nouveau bar qui récupère essentiellement une clientèle de locaux tandis que les touristes s'agglutinent pour l'essentiel autour du bar le plus ancien de la ville. Ces deux clientèles se battent donc de moins en moins, compte tenu de l'espace géographique qui les sépare. Le problème est simplement différé puisque ces ces deux clientèles également alcoolisées se rejoignent à la fermeture des bars autour de l'unique boîte de nuit. L'établissement en question n'a rien à se reprocher, il gère au mieux à lui tout seul une population complètement ivre et irrespectueuse, voire violente.

Passé 3 heures du matin, il est vain d'expliquer à des ivrognes quoi que ce soit: tapage nocturne, vandalisme, violence, abus d'alcool, consommation de drogues, tout leur est dû et pour apaiser les chahuteurs les mots ne suffisent plus; faudrait-il encore qu'ils soient aptes à comprendre ces mots, sinon les entendre. Auquel cas le dispositif envisagé cette saison s'est avéré quelque peu boiteux. 

C'est au moment où les plus violents et les plus enivrés sévissent qu'on laisse souvent - pas toujours mais souvent - les seuls médiateurs opérer. Face à une telle population, une gazeuse est hélas bien plus efficace que des remontrances et du catéchisme, il faut une demi-heure à des médiateurs pour "calmer le jeu" tandis que les gendarmes parviennent à éparpiller les excités en à peine 5 secondes: quelques jets de gazeuse suffisent pour obtenir ce miracle instantanément, et tout cela sans présenter le moindre risque. Il faut comprendre que les médiateurs ne sont pas armés, si les bleus ne sont pas derrière les jaunes lors d'interventions "musclées", les jaunes s'exposent au plus grand danger, et cela en vertu d'un résultat très aléatoire. Un problème de coordination ou de communication perdure entre les forces de l'ordre et les représentants de la mairie: pas de talkie-walkie, intervention trop tardive, absence de forces de l'ordre aux endroits les plus critiques. A la plage, un fourgon de gendarmes doit rester impérativement devant la boîte de nuit entre 3 et 7 heures (fermeture théorique de l'établissement) car tous les troubles observés sur la station se concentrent sur ce lieu et ses rues adjacentes: ailleurs tout est fermé! Or, la gendarmerie quitte les lieux lorsqu'elle constate une absence de troubles; erreur de diagnostic: c'est parce que la gendarmerie est présente que les clients se tiennent tranquilles, dès lors que les gendarmes déguerpissent les problèmes recommencent. On ne constate pas de tragédies ou de drames spectaculaires mais beaucoup de résidents sont à bout: des travailleurs qui se lèvent tôt le matin jurent que si on les empêche encore de dormir, ils vont planter les jeunes excités qui braillent sous leur fenêtre avec leur couteau. Il n'est pas rare d'entendre ces cris d'exaspération et ces menaces, n'attendons pas que le pire arrive.

Aussi serait-il plus efficace et plus raisonnable de revenir aux fondamentaux: la présence de médiateurs jusqu'à la sortie des bars pour parler à des gens qui ont encore la faculté d'écouter et de comprendre suivis des forces de l'ordre, passé ce délai, les gens n'entendent plus raison. L'emploi du temps doit s'adapter à la consommation d'alcool des estivants: de la prévention à la sortie de la plage et des restaurants, de la médiation jusqu'à la fermeture des bars, au delà de ces horaires un dispositif purement répressif avec une tolérance zéro concernant les conducteurs en état d'ébriété (qui restent, qu'on le veuille ou non, les plus dangereux en terme de sécurité). Il faut comprendre que la réussite d'un dispositif dépend d'une cohésion de groupe: le médiateur ne peut être efficace que s'il précède et prépare l'action du gendarme: sans la présence de ces derniers, la médiation devient un exercice périlleux et plus qu'hasardeux, sinon ridicule.

Deux choses à ajouter: il faut que les parents comprennent que ni la société, ni les forces de l'ordre, ni les politiques, ni même l'école n'ont pour mission d'éduquer leurs enfants, c'est un rôle qu'ils doivent assumer pleinement sans se dédouaner sur autrui: apprendre aux jeunes à respecter les règles, les lois, l'autorité et simplement autrui et cesser de les conforter dans leur moindre vice en défendant "Choupinet" ou "l'Enfant Roi" coûte que coûte. Un des rôles futurs du médiateur sera d'expliquer à des parents comment on éduque un jeune puisque manifestement, au vu des frasques de leurs rejetons, de plus en plus de parents - faute de temps ou de sens des responsabilités - se bornent à n'être que de simples géniteurs. Non! un jeune n'est pas éduqué par un policier, un politique, un médiateur ni même un professeur: il doit être éduqué par son père et par sa mère!

Enfin, beaucoup de personnes enivrées entre 3 et 7 heures du matin expriment le voeu insensé de "manger" au moment où tous les magasins et commerces de bouche sont fermés. On leur répond souvent qu'ils n'avaient qu'à être prévoyants et se préparer des sandwiches ou des salades et les laisser dans leur véhicule au cas où. On peut également servir ce genre d'arguments à n'importe qui à n'importe quelle heure de la journée et considérer qu'il est normal de se trimbaler avec un mini-frigo en bandoulière lorsqu'on est en vacances. Il est tout de même troublant qu'à une heure tardive, tout le monde peut trouver de l'alcool et de la drogue à volonté alors qu'il est impossible de trouver ne serait-ce qu'un distributeur de gâteaux. Sachant que l'alcool monte plus vite au cerveau quand on est à jeun, il semblerait opportun de s'intéresser de près à la question: de plus en plus de noctambules nous demandent sans l'ombre d'une provocation où se restaurer. Manger est un besoin fondamental, même pour des aoûtiens teigneux. Et même pour les travailleurs de nuit occupés souvent par leurs interventions. On a tendance à boucler rapidement le sujet en disant aux grognons: "si tout est fermé, tu n'as qu'à rentrer te coucher!" mais cet argument ne vaut que si tout est fermé. Or, tant que la boîte de nuit fermera à 7 heures, des vacanciers, des saisonniers et autres travailleurs nocturnes devront bien survivre jusqu'à ces heures indues. 

 

     

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Published by piouls - dans chronique
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